« BENIN » – Pr. Sègnonna Horace Adjolohoun, Expert en droits de l’homme et droit constitutionnel comparé

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Professeur Sègnonna Horace Adjolohoun - MODELE DE REUSSITE

« Je compte plaider pour des méthodes plus innovantes de lutte contre la corruption en Afrique dans le but de contribuer à résorber les violations graves et massives des droits socio-économiques et culturels sur le continent ». Ce sont là les perspectives dans lesquelles s’est placé le Professeur Adjolohoun lors de l’interview qu’il a accordée à notre rédaction.
www.modeledereussite.com : Cher Professeur Adjolohoun, pouvez-vous nous résumer votre enfance ? 
J’ai vécu une enfance très heureuse marquée notamment par le soutien et l’éducation d’une chef de famille, mère de cinq autres enfants dont une fille. Cela dit, enfance heureuse n’a pas nécessairement rimé avec vache grasse ou cuillère d’or dans la bouche. Entre crise psycho-affective liée au besoin d’interaction paternelle et placement dans une famille germaine, j’ai dû faire face aux défis de la délinquance et de menaces répétées de déscolarisation. En définitive, je pourrais dire que mon enfance n’a pas déraillé grâce à une mère de fer et une implication active dans les groupes de jeunesse, notamment religieux.

www.modeledereussite.com: Que peut-on retenir de votre parcours académique ?
Il s’est agi d’un parcours exclusivement de type public entre le Bénin où j’ai fait mes études primaires, secondaires puis universitaires et l’Afrique du sud où se sont déroulées mes études universitaires de troisième cycle dans le système anglophone. On peut dire que j’ai fait des études primaires et secondaires brillantes ponctuées de nombreuses distinctions. Quant aux études universitaires, je suis diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration du Bénin (1998) et des facultés de droit de l’Université d’Abomey-Calavi (2003) et de l’USAM de Porto-Novo (2005). J’ai interrompu mes études avec un intermède professionnel dans le système francophone avant d’émigrer en Afrique du Sud où j’ai obtenu un master en droits de l’homme et démocratisation en Afrique (2007) puis, après une nouvelle pause professionnelle, un doctorat en droit international public, option droits de l’homme (2013) tous conférés par la faculté de droit de l’Université de Pretoria par l’entremise du Centre pour les Droits Humains, un département de ladite faculté.

www.modeledereussite.com: Pourquoi avez-vous choisi d’être juriste ?
Dès mon jeune âge, j’ai été sidéré par la parole et motivé par la prise de parole en public. J’ai eu de brillantes interactions avec la poésie, la grammaire et le vocabulaire à l’école primaire. En outre, dès le milieu de mes études secondaires, mes camarades de promotion et mes maîtres, notamment de philosophie et de littérature, ont confirmé mes aptitudes à l’art oratoire et aux professions juridiques. Ces prédispositions ont été confortées par la passion que j’ai développée dans ma jeunesse pour la défense des causes complexes et, plus tard, des droits des gens.

www.modeledereussite.com: Parlez-nous des débuts de votre carrière de juriste ?
En général, j’ai débuté ma carrière professionnelle de juriste en 2002, lorsque j’ai été mis en charge de coordonner le programme de protection juridique et judiciaire des droits de l’homme sous l’égide de l’Association Africaine des Hautes Juridictions Francophones. J’avais alors jusqu’en 2006, coordonné la mise en œuvre de ce programme à emprise régionale africaine mais logé à la Cour suprême du Bénin et qui comprenait le développement d’un curriculum des droits de l’homme au sein des programmes des Centres de formation judiciaire de la sous-région, la formation des magistrats aux droits humains, l’organisation de rencontres scientifiques thématiques à l’intention des juges des hautes juridictions et la mise en place d’une banque de données législatives et jurisprudentielles.

Ma carrière a pris un tournant décisif à partir de 2008, lorsqu’après mon premier diplôme universitaire de troisième cycle dans le système anglophone, j’ai travaillé successivement avec diverses organisations nationales, régionales, internationales, gouvernementales ou non-gouvernementales, y compris les Nations Unies et l’Union Africaine.

www.modeledereussite.com: Vous êtes aujourd’hui expert universitaire et praticien en gouvernance constitutionnelle, droits de l’homme et démocratie ; avez-vous publié des ouvrages dans ce sens, si oui lesquels ? Si non pourquoi ?
A ce jour, je suis auteur de deux ouvrages. Le Premier est intitulé Droits de l’homme et justice constitutionnelle en Afrique : le modèle béninois, publié aux éditions L’Harmattan en 2011 et préfacé du Professeur Théodore Holo qui est actuellement Président de la Cour constitutionnelle du Bénin. Le second a pour titre Entre constitutionnalisme et présidentialisme : succès et dilemmes du nouveau constitutionnalisme béninois, paru aux éditions universitaires du CEDAT et préfacé du Professeur Ibrahim Salami, Directeur du Centre de Droit Administratif et de l’Administration Territoriale de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin.

Je suis en outre auteur de nombreux articles, commentaires ou chapitres d’ouvrages sur les droits de l’homme, le constitutionnalisme en Afrique, la justice pénale internationale en Afrique ou encore la démocratie.

www.modeledereussite.com: Quelles sont les véritables difficultés que vous rencontrez dans votre domaine ?
Dans le domaine de la gouvernance constitutionnelle, les défis sont énormes en Afrique. Ils le sont davantage dans le domaine spécifique des droits de l’homme. Un premier défi majeur est la faible culture démocratique des sociétés et des Etats africains mais également une crise de leadership dont les conséquences sont la faible adhésion aux principes tels que l’Etat de droit, la démocratie, la bonne gouvernance et les droits humains. Un autre défi est l’ignorance ou la faible connaissance par les acteurs clés et par les élites africaines des mécanismes disponibles pour infuser un nouveau souffle dans la gouvernance en Afrique. Par exemple, on note que les praticiens de droit au plan national sont très peu informés et formés sur les normes et les institutions existantes et dont un usage utile peut changer de manière significative la trajectoire du continent. Enfin, en ce qui concerne particulièrement la démocratie constitutionnelle, le défi récurrent est celui de l’absence d’un vrai débat sur l’africanisation des principes reçus des autres cultures de par le monde.

www.modeledereussite.com: En 2016, vous avez été admis comme Professeur à l’Université d’Europe Centrale basée à Budapest en Hongrie. Qu’est-ce qui a favorisé votre admission ?
J’ai été effectivement, au printemps 2016, admis comme professeur de droit international africain des droits de l’homme à cette prestigieuse université fondée par le philanthrope américain George Soros également initiateur des fondations Open Society à travers le monde.

Je me doute que mon admission a été le fruit de ma passion et de mon travail acharné dans le domaine des droits humains. Mais c’est plus directement ma contribution au discours sur le constitutionnalisme africain qui m’a ouvert les portes de l’Université d’Europe Centrale puisque j’y enseignais déjà le droit constitutionnel africain comparé à partir de 2015. Il pourrait sans doute être ajouté à ces facteurs ma prédisposition à une double approche francophone (ou de droit civil) et anglophone (ou de droit anglosaxon) aux questions liées tant aux droits de l’homme qu’au constitutionnalisme.

www.modeledereussite.com: Vous avez certainement surmonté des obstacles pour en être là aujourd’hui. Parlez-nous franchement de certains d’entre eux (les plus marquants).
Par deux fois pendant mon adolescence j’ai frôlé la déscolarisation en dépit de mes très brillants résultats scolaires. Devenu adulte, un premier grand moment est certainement celui de ma décision de quitter le Bénin et par ricochet le système dit francophone après l’âge de 30 ans. J’ai décidé de mettre le pied dans le système anglophone en m’inscrivant à un examen d’obtention d’une bourse d’études pour un programme de master dans une université anglophone, celle de Pretoria en Afrique du Sud. Il ne s’agissait pas seulement de difficultés linguistiques mais éminemment systémiques. Je pourrais considérer comme deuxième grand moment celui où j’ai décidé de faire carrière dans la fonction publique internationale en commençant par les Nations Unies avant d’échouer à la Commission puis à la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. J’ai fait plusieurs passages obligés dans diverses organisations internationales avec des contraintes liées aussi bien à la langue qu’à la culture et aux méthodes de fonctionnement anglo-saxonnes notamment.

www.modeledereussite.com: Quel est, selon vous, le secret de la réussite ?

J’en ai toujours identifié et cultivé trois : le respect, l’humilité et l’ambition.

www.modeledereussite.com: Parlez-nous de vos perspectives pour les années à venir.
Je compte plaider pour des méthodes plus innovantes de lutte contre la corruption en Afrique dans le but de contribuer à résorber les violations graves et massives des droits socio-économiques et culturels sur le continent. En outre, je compte continuer à m’investir dans tous les projets pertinents susceptibles de favoriser une plus grande efficacité de la justice en Afrique puisque le développement socio-économique est une illusion en l’absence d’une justice notamment sociale, transitionnelle mais également systématique. Enfin, je suis pour l’abolition à pas forcés des frontières géographiques et commerciales en Afrique. C’est la seule solution à la rupture des cordons avec les puissances internes et externes qui empêchent le développement du continent.

www.modeledereussite.comQuelles sont les personnes qui vous ont le plus marqué (vos modèles) ?
J’indique d’entrée qu’être modèle ne peut en aucun cas signifier que l’on est parfait. Mes modèles peuvent être Thomas Sankara, Nelson Mandela, Julius Nyerere mais ils peuvent en outre être Paul Kagamé, John Magufuli, Che Guevara ou encore Hellen Johnson Sirleef selon le prisme d’opinion.

www.modeledereussite.com: Quels conseils donnez-vous aux jeunes qui veulent s’inspirer de vous ?
Je ne prétends pas encore égaler mes modèles. Mais je pourrais conseiller aux jeunes africains de se consacrer aux mêmes perspectives que les miennes. A titre de conseil, un jeune africain, surtout une jeune africaine, doit apprendre à connaître l’Afrique et à s’y rendre en vacances, apprendre ensuite les cultures des autres mais rien que pour en déduire une culture africaine.

www.modeledereussite.com: Avez-vous un mot à dire sur le site MODELE DE REUSSITE
Vous avez un site riche en couleurs africaines : ça sent la réussite. Mais il ne perdrait rien à s’africaniser davantage. La section « jeunes modèles » est une mine d’or qui, si vous y croyiez avec une ambition plus féroce, pourrait devenir le nec plus ultra de « modèle de réussite ».

                                Message de MODELE DE REUSSITE
De nationalité béninoise, voici un africain qui décide de dévouer son parcours professionnel et de mettre tout son savoir-faire au service de sa nation, de son continent, voire du monde.

Au lieu d’ériger leurs défis en empêchements, les jeunes africains devraient les transformer en opportunités et agir pour la réalisation de leur plein potentiel et de celui d’une Afrique qui n’attend que d’être révélée au monde par les africains. Le parcours du Professeur Adjolohoun en est un exemple à suivre.

                             « Comme Dr Sègnonna Horace Adjolohoun,

                                      vous pouvez aussi réaliser vos rêves. »

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour MODELE DE REUSSITE je vous remercie pour cet enorme travail que vous faites.

    Aprés lecture de ce brillant parcours je tiens à dire chapeau au Pr SEGNONA, j’ignorais que l’Afrique avait une telle ressource.
    Pr à votre avis quelle solution pour le respect des constitution en Afirque ?
    Pr pensez vous qu’il ne faudrait pas à l’Afrique un modele de democratie, si oui votre proposition?
    Bien cordialement

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