El hadj Mansa Moussa SIDIBE, PDG du Groupe B.C.E.I.P – le parcours inspirant d’un sage bâtisseur.

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MODELE MAG - Elhadj Mansa Moussa SIDIBE - PDG Groupe BCEIP

« Vous voulez que vos enfants réussissent, soyez un modèle pour eux » Elh.Mansa Moussa SIDIBE

MODELE MAG : Présentez-vous à nos lecteurs

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Je suis El hadj Mansa Moussa Sidibé, né en 1947 à correrah Boké, fils de cultivateur.

MODELE MAG : Parlez-nous de votre enfance et faites-nous-en un bref aperçu de votre parcours académique.

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Je suis entré à l’école en 1954, et c’est grâce à la volonté du chef de canton de l’époque que j’ai pu obtenir cette possibilité. En ce moment, les parents n’acceptaient pas d’envoyer leurs enfants à l’école. Mon village natal était occupé par des djakhankés et ceux-là, jusqu’à présent n’aiment pas envoyer leurs enfants à l’école. Pourtant ceux parmi eux qui ont eu la chance de fréquenter l’école sont aujourd’hui de très bons cadres. Vous pouvez faire le constat.

Mon papa étant opposé au fait que le chef de canton ait envoyé des gens dans les villages pour prendre les enfants et les  amener à l’école, il  m’a ordonné de rester sous le lit. Ma maman ne partageant pas cette idée, a, à l’absence de mon père indiqué que j’étais sous le lit. Ils m’ont sorti pour m’amener à l’école. C’est ainsi que j’ai intégré l’école de correrah.

Mon village était à neuf (9) km de l’école. C’était très difficile mais j’ai fait une bonne enfance à l’école. Tous les maîtres m’appréciaient beaucoup et ils aimaient aller dans notre village. Toute la contrée savait que mon papa était un grand cultivateur et certains de mes professeurs m’appelaient « citron ».

Au bout d’un temps j’ai transfère  à l’école de  Boké ville à cause de cette distance qui me fatiguait beaucoup. Arrivé, je suis resté chez ma tante.

C’est là-bas que j’ai obtenu mon certificat d’études primaires. La première année du collège s’est passée à l’internat et c’est en ce moment que mon père est décédé. Je n’avais que treize (13) ans (paix à son âme).

Après l’obtention du brevet, j’ai été orienté au lycée classique de Donka. Poursuivant toujours mes études au Lycée, j’ai fait un temps à Labé et le reste à Kindia après la suppression de l’internat.

Ensuite après l’obtention de la première et de la  deuxième partie du Baccalauréat série Mathématique (MPC)  je suis venu à l’institut polytechnique de Conakry ou j’ai été orienté  en Sciences Sociales série philo-linguistique.

Cette orientation en Science Sociale m’a fait réagir. Je suis allé voir la directrice des études à l’époque Madame Joseph NOËL pour demander les raisons d’une telle orientation. Pour apporter des précisions, elle me montre la liste d’orientation venant du ministère. J’ai répondu qu’à la place de la Philo-linguistique que je n’aime pas, j’ai envie de faire le droit en Sciences Administratives pour devenir Inspecteur de police. L’incompréhension de la directrice m’a poussé à aller prendre mon revolver pour venir lui demander de choisir entre changer cette option pour moi ou mourir. Chose qui a remué tout l’institut Polytechnique séjour là. L’information a été remontée jusqu’au ministère. J’ai été immédiatement envoyé au Ministère et le Ministre m’a dit que j’ai été orienté par la révolution en fonction des besoins du peuple. J’ai répondu « camarade Ministre, la révolution m’a orienté en fonction de ses besoins du peuple sans demander mon avis. Je ne peux pas servir correctement la révolution si je n’ai pas choisi de lui servir honnêtement ». J’ai été aussitôt chassé du Ministère. Mais, après l’intervention de Camarade  inspecteur général de l’enseignement le Béninois Z Behanzin qui  m’a donné des Conseils, j’ai accepté de reprendre les cours avec l’option philo tout en suivant simultanément des cours de droit.

MODELE MAG : Parlez-nous du début de votre carrière professionnelle.

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Après mon thème de mémoire de fin d’études, j’ai été affecté à l’information et un an plus tard j’ai été envoyé au ministère du domaine social qui comprenait le Ministère de la santé, de la fonction publique et les affaires sociales. A mon arrivée dans ce domaine, j’ai été introduit chez le Ministre du domaine et suite à notre entretien, le lendemain j’ai trouvé qu’un arrêté a été pris  me nommant adjoint à l’inspecteur général du travail.  L’arrêté en main, je me rendu voir le Ministre du Travail  du nom de Abdoulaye Ghana Diallo, un des éminents syndicalistes de la révolution. Quand je suis parti, il m’a très bien reçu. Il appelle l’inspecteur général du Travail un métis libanais du mon FOUAD BOCIN pour me présenter aux travailleurs dans toutes les salles du ministère. Trois (3) mois plus tard j’ai appris auprès de tous les agents qui étaient à l’inspection, ce que c’est que « l’inspection du travail ».

Ceci m’a permis en peu de temps à organiser l’inspection du travail. C’est en ce moment-là que j’ai aidé à organiser  la fonction publique en mettant en place les fichiers des fonctionnaires.

Pour mieux connaître ma fonction d’inspecteur du Travail j’ai été amené à me rendre  au Cameroun, aux USA, au Canada, en Algérie, en Suisse pour faire des formations dans les fonctions d’inspecteur du travail et du syndicalisme à partir des quelles j’ai obtenu le titre d’un véritable inspecteur du travail.

A la mort du Président Ahmed Sékou Touré en 1984, j’étais inspecteur général du travail.

En 1985 à Genève, j’ai réuni tout le bureau international du travail pour lui expliquer la mission que le CMRN s’était donné pour changer le régime du pays et faire de la Guinée non plus un pays révolutionnaire Socialiste mais une Nation Démocratique à l’économie libérale progressiste.

C’était étonnant car ils ne comprenaient pas qu’après tout ce que le Président Ahmed Sékou Touré a fait durant vingt-six (26) ans, qu’il puisse y avoir un tel changement.

Effectivement il y a eu un changement qui a été prôné par les membres du CMRN, Ceux -ci avaient décidé qu’on aille à la démocratie avec l’initiative privée dont ils ignoraient tous les fondements.

C’est donc la mauvaise interprétation de cette initiative privée à l’époque, ce désir de faire rentrer la diaspora qui a instauré une véritable anarchie occasionnant le libertinage.             C’est en réalité toutes ces conséquences qui se répercutent encore sur la Guinée.

MODELE MAG : Retracez-nous l’historique de la création de votre entreprise.

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : C’est en étant inspecteur général du travail et lorsque la deuxième République a créé l’initiative privée, que j’ai participé à la création de beaucoup de structures. Par exemple, j’étais membre du comité de création de la CEDEAO, membre du conseil d’administration du BIT et de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale(CNSS), de L’AGUIP et de l’APIP.

Etant membre du  C A du CRADAT, je suis parti à Yaoundé pour assister aux travaux du conseil d’administration en juin 1996 et je me suis rendu compte que le secteur privé du Cameroun était très développé. J’ai senti que certains membres du C.A,  disposaient dans leurs systèmes des entreprises privées qui s’occupaient de la gestion du personnel, du recrutement  et de la  gestion des Ressources Humaines pour les entreprises de leur pays. Je me suis inspiré de cela pour créer mon entreprise le BCEIP.

Au moment où la décision a été prise de construire le siège de la CNSS,  un problème s’est posé à l’endroit choisi, c’est le site du dépôt des déchets de Kaloum. Il était question de recruter du personnel pour dégager les ordures. J’ai saisi l’opportunité pour mettre en place un bureau de recrutement.

En plus, une autre situation d’un retraité qui n’avait reçu aucune pension de retraite et qui n’était pas immatriculé à la CNSS, m’a permis de voir l’étendue de la problématique de la gestion du personnel en Guinée.

A partir de là, j’ai compris que les structures privées qui existaient pendant la révolution n’avaient pas créé les conditions de soutien de leurs employés.

Après la création du bureau BCEIP en 1996, j’ai réuni tous les français qui avaient des entreprises en Guinée pour leur expliquer que j’ai créé un bureau qui a pour mission de recruter et de gérer leur personnel et qui était dirigé par un Français

Quand j’ai été nommé Ministre, j’ai fait venir un cabinet français qui m’entourait comme conseiller et en 2003 quand j’ai quitté cette fonction, je les ai pris pour diriger le BCEIP et moi je suis resté fonctionnaire de l’Etat.

En 2007, je suis parti à la retraite. J’ai donc repris la direction du BCEIP.

En 2009 après ses études au CANADA j’ai fait venir mon fils pour assurer la fonction de Directeur Général du BCEIP.

MODELE MAG : Faites-nous une description de votre entreprise

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Au départ, le BCEIP était un cabinet qui recrute, gère et aide à la formation des agents.

Concrètement, par exemple quand un universitaire finit ses études, il vient déposer son dossier au service du recrutement, nous l’intégrons dans notre base de données et lorsqu’une entreprise a besoin d’un agent, elle consulte notre base de données pour chercher la personne qui correspond à ces besoins.

Pour ceux qui veulent aussi, nous recrutons pour eux, en amont par des conditions dans lesquelles ils veulent utiliser les agents, recherchons dans notre fichier des gens qui répondent à leurs critères en leur proposant deux options : soit ils nous payent sur le champ pour le recrutement que nous leur avons fait, ou bien ils donnent  la possibilité de gérer l’agent pendant six mois pour consolider le choix. Parce que le Curriculum Vitae est une chose mais la pratique est toute autre chose.

Au niveau du BCEIP, nous avons un cabinet de recrutement qui a un fichier contenant plus de trente mille (30 000) demandes d’emplois et à côté nous avons un bureau de gestion.

Au départ, le BCEIP regroupait trois éléments : le recrutement, la gestion et la formation.

Aujourd’hui nous sommes allés plus loin en créant un cabinet d’étude qui permet aux personnes désireuses d’investir en Guinée de connaitre les opportunités qui s’offrent à elles suivant les activités et les zones géographiques. Nous proposons en même temps tout l’accompagnement nécessaire à la mise en place de leurs activités.

Nous avons créé également un service de sécurité privé. Maintenant nous sommes devenus un groupe.

Sur le plan de la gestion du personnel, nous avons deux mille (2000) agents qui se trouvent dans les banques, les mines, les ambassades…et dans le cadre de la sécurité, nous avons aussi deux mille (2000) agents qui sont sur l’ensemble du territoire. Nous avons un bureau à N’Nzérékoré, Kankan, Labé, deux à Boké, un à Boffa. Bref, partout où le besoin se fait sentir.

Le BCEIP est le premier bureau de recrutement et de gestion du personnel en Guinée.  Nous avons vingt-trois (23) ans d’expérience et tout se passe bien.

MODELE MAG : A votre avis, quelles sont les véritables causes du chômage en Guinée ?

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Les agents sont mal formés dans nos universités. Le gros problème que nous avons en Guinée, c’est que les universités, les centres de formation, les écoles ont des programmes de formation qui ne sont pas adaptés aux besoins des entreprises.

Aujourd’hui, le BCEIP a des contrats de formation avec la plupart des structures de formation en Guinée.

Il y a des connaissances qui sont liées à la modernité que nos écoles n’enseignent pas encore. Donc il nous faut  créer les conditions pour une synergie d’actions entre universités et entreprises.

D’où le programme BOCEJ (Booster les compétences pour l’employabilité des jeunes) mis en place par le Gouvernement en partenariat avec la Banque Mondiale.

Grâce à un accord entre les formateurs et le secteur privé ; le BOCEJ a réussi à financer quatorze (14) projets notamment un projet avec CEPERTAM qui malheureusement ne bouge pas encore. Nous avons aussi mis en place un centre de formation en hôtellerie et tant d’autres avec des résultats satisfaisants.

MODELE MAG – Elhadj SIDIBE et son fils Mohamed Yerimba DG BCEIP

MODELE MAG : Votre entreprise existe depuis vingt-trois (23) ans tandis que beaucoup meurent avant cinq (5) ans, quels sont vos secrets ?     

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : D’abord j’ai cherché à former mes enfants pour qu’ils puissent me remplacer. Ma volonté a été inébranlable pour la Guinée. Je me suis dit qu’il faut que la Guinée réussisse. Je n’ai pas cherché l’argent, car si je me mettais à chercher l’argent, je n’allais pas réussir ce que j’ai fait.

Ma fierté a été de faire en sorte que je me respecte moi-même ensuite respecter les autres. Donc pour moi s’il y’a secret, c’est l’intégrité, le patriotisme et la persévérance.

MODELE MAG : Un parcours comme le vôtre est souvent parsemé de difficultés, quelles sont celles qui vous ont le plus marquées ?

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : La difficulté majeure, c’est qu’on n’a jamais eu de financement. C’est seulement en 2018, pour la première fois que le BCEIP a eu un financement d’une banque pour réaliser une cité à Kamsar. Généralement, en Guinée, il y a un déficit d’accompagnement des banques et même de l’Etat. Voilà la difficulté la plus fondamentale, le reste est secondaire.

MODELE MAG : Quels conseils donnez-vous à ces jeunes qui aspirent être comme vous ?

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Je dirai aux jeunes de prendre du courage, de se former.  Il faut que les gens comprennent qu’il n’y a pas mille solutions, mais une seule. Quand on aime son pays, il faut s’adonner à son développement. C’est vrai que c’est difficile, mais moi je suis parti comme ça. Beaucoup de gens qui ont réussi dans ce pays, sont partis de rien. Moi on m’appelait « citron » parce que je produisais du citron.

Il faut que les jeunes comprennent que nous sommes dans un pays à fortes potentialités agricoles. Il faut qu’ils s’y mettent et qu’ils se donnent la main pour développer le continent.

MODELE MAG : Quelles sont vos perceptions sur le groupe de médias modèle de réussite ?

Elhadj Mansa Moussa SIDIBE : Ecoutez, j’apprécie votre démarche et surtout votre rigueur professionnelle, je ne m’attendais vraiment pas à une interview aussi approfondie sur mon parcours, vous m’avez embêté avec beaucoup de questions. Je vous remercie pour ça et je vous en félicite.

Je pense que vous êtes un groupe qui va aider les jeunes à comprendre ce que c’est que l’Afrique, et la Guinée. Je vous encourage sur ce que vous êtes entrains de faire. Ne minimisez pas les anciens, allez-y à leur rencontre, cela pourra aider vos lecteurs.

MESSAGE DE MODELE DE MAG

En plus du fait que les jeunes diplômés peuvent trouver de l’emploi en contactant la structure BCEIP, ceux qui aspirent à l’entrepreneuriat trouveront en El hadj Sidibé à travers son parcours, une véritable source d’inspiration.

« Comme Elhadj Mansa Moussa Sidibé, vous pouvez aussi réaliser vos rêves ».

Journaliste Maciré MARA

MODELE MAG-lors de la remise officielle.
MODELE MAG-Photo Equipe MODELE DE REUSSITE et le PDG BCEIP
MODELE MAG – Maciré MARA procède à la rémise officielle du magazine MODELE MAG

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