Hajda Rabiatou Serah DIALLO, Présidente du Conseil Economique et Social

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Hadja Rabiatou Serah Diallo

Le parcours d’une dame qui n’a pas froid aux yeux

« Les femmes doivent cesser de ‘‘ paraitre’’, elles doivent ‘‘être’’, et le mériter. »

C’est sur ces termes, à travers une interview qu’elle a accordée à notre rédaction que cette dame de fer a dévoilé son parcours.

www.modeledereussite.com : Présentez-vous et parlez-nous de votre enfance ?

Je m’appelle Rabiatou Serah DIALLO. Je suis née le 31 décembre 1949 à Mamou. L’une de mes filles est née à la même date, comme Dieu fait bien les choses. J’ai évolué dans une famille active sur le plan politique. Les réunions du parti, à l’époque socialiste se tenaient chez mon père. Je voyais comment on se réunit, comment on proteste. Ma mère était membre d’un comité directeur d’une association de femmes. C’est de là que je me suis inspirée de beaucoup de choses, car j’étais toujours présente à observer le déroulement des réunions. Lors de certaines assemblées générales, je prenais la parole pour intervenir sur certains sujets : protester contre les injustices et même contre mon propre père quand je n’étais pas d’accord avec lui.

Durant mon enfance, j’aimais me comporter comme un garçon, porter des pantalons ou des culotes, jouer au foot, nager, marcher pieds nus…

Mes parents ont divorcé quand j’avais deux (2) ans et c’est à l’âge de dix-sept (17) ans que je suis venue à Conakry pour retrouver ma mère.

www.modeledereussite.com : Qu’est-ce qu’on peut retenir sur votre parcours académique ?

J’ai fait le primaire à l’école Almamya de Mamou. Je me rappelle d’ailleurs que l’opérateur économique Sylla Mariador qui m’avait enseigné à l’époque me disait souvent : ‘‘ Rabi tu as de l’avenir, tu dois persévérer.’’.

A mon arrivée à Conakry, j’ai fait le collège ici jusqu’en huitième année. Vu que ma mère souffrait beaucoup dans la teinture, j’abandonne les études et je choisis de passer le concours de l’école nationale des arts et métiers. Je suis l’option secrétariat que j’ai terminée en 1966.

www.modeledereussite.com : Quelle a été votre première occupation après les études.

J’ai commencé à travailler au pool secrétariat de la présidence de la République où je suis restée jusqu’en 1968.

En 1969, j’ai été employée au secrétariat de greffe du ministère de la justice. Simultanément, je suivais des cours à l’Institut Polytechnique de Gamal Abdel Nasser tous les après-midi. En 1979, j’ai réussi le concours d’intégration dans le corps des secrétaires de greffes et parquets où je suis admise comme secrétaire de greffes.

www.modeledereussite.com : Comment vous êtes-vous retrouvée dans le mouvement syndical et qu’est-ce qui vous a motivé de choisir le syndicalisme ?

Concernant les motifs, je voulais travailler là où j’ai droit à la parole pour défendre les plus démunis, lutter contre l’injustice. Donc dans le mouvement syndical. D’autres associations existent mais leur rôle est limité. Il n’est pas non plus question de défendre les intérêts des travailleurs. D’autre part, le bureau international du travail est tripartite, les syndicats sont l’un de ses trois piliers, ce qui n’est pas le cas des ONG, par exemple. Et enfin, les syndicats sont protégés pars des lois internationales du travail.

En 1969, j’ai été élue à la section syndicale de l’administration à Kankan grâce à des amis qui avaient constaté que je ne me laissais pas faire, je protestais vigoureusement pour défendre mes droits, surtout quand je savais que je remplissais bien mes devoirs. Ils m’ont encouragé à intégrer le syndicat, en commençant par la base. J’ai rapidement évolué parce que très peu de femmes s’intéressaient au mouvement syndical. J’ai très vite été membre du comité régional de la CNTG (à Kankan puis à Conakry).

Ensuite, je suis élue secrétaire générale du comité d’arrondissement des travailleurs (une ancienne structure syndicale de la première République) de Conakry, où j’ai été la première femme à occuper ce poste.

Poursuivant le chemin, je gravis des échelons et en 1985, je suis élue secrétaire générale  de la fédération syndicale de la justice de la CNTG. Avec ce titre, je deviens d’office membre du bureau confédéral qui compte dix-sept (17) personnes. Etant la seule femme du bureau, j’occupe le poste de ‘‘chargée des femmes et des affaires sociales’’.

www.modeledereussite.com : Avec ce poste, l’un de vos rêves, celui de défendre les femmes devenait de plus en plus une réalité. Quels étaient vos objectifs en ce moment ?

Mes objectifs en ce moment étaient de lutter pour que les femmes soient intégrées au mouvement syndical, créer des comités de femmes dans chaque fédération syndical, pour les motiver, pour qu’elles sachent qu’elles sont mieux placées que les hommes pour défendre leurs droits propres parce que leurs intérêts sont quelque fois mal connus et relégués au second plan. Mais attention : le comité des femmes ne prenant pas de décision, les femmes devaient savoir qu’il ne fallait pas rester éternellement dans ces comités, mais chercher à occuper des postes de décision.

Avec les sensibilisations, les tables rondes et les animations que nous avons organisées en association avec les femmes juristes, nous avons appris beaucoup de choses concernant nos droits. D’où le slogan « vive les femmes pour que vivent les hommes ».

C’est ainsi que peu à peu, des femmes ont accédé à des postes de secrétaire générale à la base, mais aussi à la tête de la fédération des textiles et de l’éducation.

Je me souciais aussi des femmes qui évoluaient dans le secteur informel, dont certaines parmi elles étaient celles qui avaient perdu leur emploi suite au plan d’ajustement structurel.

Nous sommes allées à leur rencontre pour les écouter… nous les avons regroupé par profession : les teinturières, les coiffeuses, les vendeuses de charbon… nous avons édité et distribué des documents qui expliquaient par exemple, comment une nourrice peut se comporter, comment on peut soigner la gale avec la pharmacopée, … et encore un dépliant pour faire connaître l’organisation syndicale.

www.modeledereussite.com : En fin de compte, vous avez accédé à la tête de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG). Dites-nous comment les choses se sont passées ?

En 2000, j’ai été élue secrétaire générale de la CNTG suite à une élection où je n’étais même pas candidate au départ. Pour la petite histoire, c’est suite à l’absence du consensus entre les deux candidats qui étaient à égalité à trois reprises que les femmes m’ont demandé de me présenter. Je me suis levée, mais je me demandais par quel miracle j’allais être élue, étant donné que parmi les électeurs les hommes étaient plus nombreux que les femmes. Je me suis dit qu’il fallait essayer, afin que l’histoire retienne au moins qu’une femme s’était présentée contre quatre hommes pour le poste de secrétaire général de la CNTG. Contre toute attente, après le décompte, j’ai eu plus de voix, j’ai été élue et j’ai compris que nul ne peut arrêter le destin de l’homme. J’avais des défis à relever. C’était la première fois qu’une femme soit élue  secrétaire général de la plus grande et la plus ancienne centrale syndicale de la Guinée. Il fallait qu’on sache que mettre une femme au pouvoir, ce n’était pas mettre le monde à l’envers. Je devais absolument réussir, apporter le changement dans les méthodes de travail, décentraliser, faire participer tout le monde et impliquer beaucoup plus de femmes.

La même année, je suis devenue vice-présidente de l’organisation de l’Unité Syndicale Africaine (OUSA) et présidente du comité des femmes de l’Organisation Démocratique Syndicale des Travailleurs Africains (ODSTA).

En 2001, je suis élue membre du bureau confédéral de la confédération mondiale du travail.

www.modeledereussite.com : Face à la crise que traversait le pays en 2007, vous avez haussé le ton. Sur quelles bases vous étiez-vous appuyées pour réussir lors des évènements de janvier et février ?

J’avais le soutien des travailleurs car j’avais fait le tour des préfectures après mon élection à la tête du CNTG pour prendre contact avec eux afin de déceler leurs conditions de travail et de vie.

D’abord en 2004, la CNTG a demandé la multiplication des salaires des fonctionnaires sans obtenir une suite favorable.

En 2005 nous avons décidé de faire une grève d’avertissement de 48 heures qui a été bien suivie sur tout le territoire national. Mais cette grève aussi reste sans effet.

Nous avons jugé utile de tendre la main aux autres centrales syndicales pour plus de force ; mais c’est seulement l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG) dirigé par Ibrahima FOFANA qui a répondu favorablement.

En 2006 nous avons signé la création de l’Inter-centrale CNTG-USTG à l’hôtel palme camayenne. Depuis nous avons mené la lutte main  dans la main.

L’inter-centrale mené beaucoup de grèves jusqu’en 2007 où deux autres centrales syndicales s’invitent dans la danse et c’est là que nous avons créé l’inter-centrale CNTG-USTG, élargie à l’ONSLG (Organisation Nationale des Syndicats Libres de Guinée) et à l’UDTG (Union Démocratique des Travailleurs de Guinée).

C’est le 17 janvier 2007 que nous avons commencé la grève avec notre slogan : ‘‘Changement, Liberté’’.

www.modeledereussite.com : Retracez-nous un peu votre passage au Conseil National de la Transition (CNT).

Le 31 mars 2010, en application des accords de Ouagadougou, le CNT est mis en place. J’ai été nommée à la tête du conseil. Avec la dissolution de l’assemblée nationale, le CNT devrait jouer provisoirement le rôle d’organe législatif.

Nous avons réussi à boucler le travail nécessaire pour que le 1er tour des élections législatives puisse bien avoir lieu comme prévu en juin 2010.

La nouvelle constitution mise en place renforçait l’Etat de droit par de nombreux ajouts ou modifications. Parmi elles, la durée du mandat présidentiel limité à 5 ans, renouvelable une seule fois. Une nouvelle disposition interdisant au président de la République, au premier ministre, au président de l’assemblée et à ceux des institutions républicaines d’acheter ou de prendre en bail, durant leurs mandats, un bien qui appartient à l’Etat.

Le poste du premier ministre est constitutionalisé et ses fonctions sont décrites. Une cour constitutionnelle et une cour des comptes sont créées ainsi qu’un poste de médiateur de la république et une commission électorale indépendante. La liberté de presse et l’accès à l’information du citoyen sont garantis par la constitution.

Quand je suis venue à la tête du CNT, on a voulu que je déménage dans une maison luxueuse, mais moi, j’ai refusé. Je ne veux pas que les enfants qui viennent jouer dans mon salon aient peur de grimper sur les fauteuils. Ils doivent voir la Rabiatou qu’ils voyaient d’habitude.

Dieu merci, en tant que femme, j’ai montré que les femmes pouvaient être à de grands postes de responsabilité.

www.modeledereussite.com : Aujourd’hui, étant Présidente du conseil économique et social, quelles sont les taches qui vous sont confiées ?

Le poste de présidence du CES est électif et non nominatif.

J’ai été élue parmi les 10 personnalités que le président de la République avait choisies comme l’indique la loi qui régit le fonctionnement de l’institution.

A ce titre, nous donnons des avis et des recommandations au Président de la République et à l’assemblée nationale.

Quand des bonnes décisions sont prises dans l’intérêt supérieur de la nation, nous sommes réconfortés car nous sentons que nos avis et recommandations sont pris en compte.

www.modeledereussite.com : Dans le parcours d’une personne, inclut le vôtre, il y a forcément la traversée du désert, autrement dit les difficultés.

Les difficultés sont propres à l’homme. Où qu’on soit, on est toujours confronté à certaines difficultés. Pour mon cas personnel, quand je travaillais à la justice, je me rappelle avoir écopé d’une sanction pour le fait d’avoir laissé s’évader un jeune lors de son audition au tribunal pour enfants.

Ensuite, il y a toujours des hauts et des bas : il y’en a qui te poignardent au dos, certains qui ne te soutiennent pas, d’autres qui font des infiltrations.

www.modeledereussite.com : Quel est votre secret de réussite ?

On ne doit pas baisser les bras pour avoir rencontré des difficultés, il faut se battre et avancer.

Je prends la vie du bon côté ; j’écoute beaucoup sans faire de l’exclusion : il arrive de fois qu’une personne d’un rang social très bas puisse trouver des solutions qu’on recherchait ailleurs et qu’on ne peut pas trouver dans le monde professionnel.

Je m’approche du peuple pour être rassembleur.

www.modeledereussite.com : Que comptez-vous faire encore et encore durant les prochaines années ?

Je compte œuvrer encore dans la sensibilisation pour promouvoir le dialogue à la place de la violence, dans la lutte pour qu’on s’occupe de la jeunesse car sans quoi, elle va s’occuper de nous.

Avoir l’esprit de partage, lutter contre la pauvreté en luttant contre la corruption.

Je ferai de mon mieux pour qu’on puisse confier des responsabilités aux femmes pour qu’elles participent aux prises de décision.

www.modeledereussite.com : Un conseil aux femmes qui veulent suivre vos pas ?

Les femmes doivent cesser de ‘‘ paraitre’’, elles doivent ‘‘être’’, et le mériter.

Il faut que les femmes se débarrassent de certains complexes d’infériorité, qu’elles acceptent de se former pour faciliter leur implication dans le processus de développement.

www.modeledereussite.com : Vos sources d’inspiration (vos modèles) ?

D’abord ma mère qui m’a mise au monde, qui m’a donné une bonne éducation, et qui m’a inspiré très tôt ; ensuite des femmes de références comme feu Hadja Mafory Bangoura et feu Jeanne Martin Cissé.

Aussi Hadja Mariama Diallo, Madame Haribo et Madame Koumba Diakité qui étaient de la CNTG… Mme Guilao, Hadja Saran Daraba, Docteur Makalé Traoré…

Les épouses des leaders politiques comme Hadja Djéné Kaba Condé et Hadja Halimatou Dalein Diallo qui font beaucoup de choses aujourd’hui. D’ailleurs c’est grâce à leurs épouses que ces leaders atteignent le sommet.

Sur le plan de la religion une femme que j’ai connue depuis la première République reste une source d’inspiration pour moi : il s’agit de Hadja Mariama Sow, présidente des Oulémas de Guinée.

La liste est longue et je ne peux citer tout le monde.

www.modeledereussite.com : Quelle est votre perception du site modeledereussite.com ?

Je ne peux que vous féliciter et vous encourager parce qu’il faut aller de l’avant. Je vous suggère de faire un abattage médiatique pour une large sensibilisation, de fois en langues nationales, afin de permettre à tout le monde de s’inspirer du parcours des modèles. Et surtout, montrer aux gens comment accéder au site. C’est à travers vous que le monde va  vivre, bouger… amener les uns à profiter de l’expérience des autres.

www.modeledereussite.com : le site des modèles de réussite par ma voix vous remercie.

C’est moi qui vous remercie !!!

 

                                                                                                 Mamadou Saliou Souaré

                                                                                           Pour www.modeledereussite.com

 

Message de modèle de réussite

En plus de tous les échelons que cette dame a gravés, retenez qu’à l’internationale elle a reçu beaucoup de distinctions notamment :

En 1998 une ONG américaine la sélectionne parmi les 100 héroïnes du monde et

En 2006, le syndicat Hollandais CNV décerne quatre titres de meilleures femmes du monde à quatre femmes de continents différents. Rabiatou le reçoit pour l’Afrique.

Une façon de vous dire qu’avec l’ambition et l’action, tout rêve peut être une réalité.

« Comme Rabiatou Sérah DIALLO, vous pouvez aussi réaliser vos RÊVES »

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