Malick KEBE, un parcours atypique de l’un des précurseurs de la musique urbaine et manager de l’international Guinéen Naby KEITA.

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 « Tout le monde pensait que j’étais fou, mais je me suis accroché. Ça n’a pas du tout été facile de résister à cette … »

« Née en Guinée, comptable de formation et contre toute attente Malick a choisi un chemin très risqué à l’époque qu’est le management culturel. Très tôt il décide de lancer sa petite structure dénommée KILL PONT PRODUCTION. Manager de référence  il est reconnu aujourd’hui comme étant l’un des principaux précurseurs de la musique urbaine dans notre pays. Audacieux dans l’âme il se lancera par la suite dans le management sportif, il est actuellement le manager du joueur le plus cher de l’histoire du football africain, il s’agit bien sûr de l’international guinéen Naby KEITA. Découvrez dans cette interview exclusive le parcours inspirant de Malick KEBE, ses débuts, ses énormes difficultés et ses secrets de réussite. » Lisez !!!

 MODELE DE REUSSITE: Présentez-vous à nos lecteurs?                                             Je suis MALICK KEBE, manager culturel et sportif, directeur général du Fond de Développement des Arts et de la Culture.

MODELE DE REUSSITE: Parlez-nous de votre parcours académique?                     J’ai fait l’école primaire dans la commune de Kaloum parce qu’à l’époque mes parents habitaient dans la cour de l’hôpital Ignace Deen, d’ailleurs où je suis née. Je suis fils d’un couple de médecin mon papa était chirurgien et ma maman sage-femme. C’est à Conakry que j’ai fait toutes mes études secondaires.                                                             Quand j’ai fini mes études, j’ai ensuite fait la comptabilité dans une école professionnelle par après j’ai suivi d’autres formations en dehors de la Guinée pour mieux parfaire mes compétences.

MODELE DE REUSSITE: Faites nous un bref aperçu sur vos débuts et des activités qui vous ont le plus marquées dans le management culturel ?                           Après mes études, j’ai fait un an de stage à la direction du Port Autonome de Conakry successivement dans les services : Contrôle de Gestion, Audite Interne et à la Comptabilité ; ceci m’a permis de mieux maîtriser ce que j’avais appris à l’école. A la fin de mon stage, tout le monde s’attendait à ce que je me retrouve dans l’administration publique, mais tout de suite j’ai commencé à monter ma petite structure de management culturel ; j’ai donc crée Kill Point Production pour manager le groupe de rap Kill Point que vous connaissez. Dès lors, je me suis dit que je suis fait pour les activités libérales. J’ai été l’un des précurseurs du mouvement HIP HOP, un genre musical très méconnu en Guinée à l’époque. Nous avons produit le premier album du groupe Kill Point, ensuite des compilations telles que : Rap Koulin et tant d’autres, nous avons également produit d’autres artistes. Ce qui nous a d’ailleurs permit d’organiser le premier « Festival de Rap en Guinée » qui a connu 15 éditions. En 2003 l’aventure avec le groupe Kill Point a pris fin. J’ai donc décidé de créer une nouvelle structure qu’on appelle Contact Evolution qui m’a permis de produire d’autres artistes tels que « Mifa Gueya, Py Wada, Sémbé Déké » et réaliser d’autres festivals tel que le « Festival des Musiques d’ici Et d’ailleurs » qui a aussi connu 3 éditions ; voilà quelques activités qui ont vraiment marquées mon parcours sur le plan culturel.

MODELE DE REUSSITE: De comptable à manager culturel, pourquoi ce changement ?                                                                                                           Non je n’ai pas changé, j’ai créé une entreprise, j’étais le directeur général et donc ce que j’ai appris en comptabilité m’a permis de mieux gérer mon entreprise. Je pense que je n’ai pas viré mais plutôt j’ai mis à la disposition de mon entreprise cette compétence, car c’est moi qui faisait toute la comptabilité de mon entreprise, en outre je montais des budgets, recherchais des financements, je suivais l’exécution de ces budgets et faisais les rapports qui sont éventuellement accompagnés de pièces justificatives. Tout cela c’est grâce à mes connaissances en comptabilité.

MODELE DE REUSSITE: Beaucoup se sont lancés dans la culture comment vous gérez la concurrence?                                                                                               Moi je n’ai pas de concurrents, j’ai plutôt de partenaires. Aujourd’hui je suis le directeur général du Fond de Développement des Arts et de la Culture et depuis ma nomination comme directeur de l’Agence Guinéenne de Spectacle en 2010,  je n’organise même plus de spectacle parceque je ne peux pas être à la fois juge et partie. Je suis mon propre concurrent et je me bats pour me surpasser.

MODELE DE REUSSITE: Qu’est ce qui est en train d’être fait pour ces millions d’artistes qui n’arrivent pas du tout à se prendre en charge, surtout quand il est question de maladie?                                                                                              Vous savez je suis initiateur du projet « Assurance maladie pour les artistes» en partenariat avec la compagnie d’assurance NSIA et quand j’ai commencé beaucoup n’y croyais pas et aujourd’hui c’est une réalité. A mon avis les artistes doivent accepter de se prendre en charge, c’est une activité purement libérale, ils font des concerts qui les apportent énormément d’argent. Actuellement il y a des artistes qui touchent 20 millions de francs comme cachet rien que pour un concert sur le plan national, c’est donc inadmissible qu’un artiste qui touche une telle somme d’argent ne puisse pas souscrire à une assurance qui ne coûte pas 100.000 francs guinéen par an. Nos artistes pensent qu’on devrait tout faire pour eux, mais il est important qu’ils se prennent en charge ; je profite donc de cette opportunité que vous m’offrez pour lancer un appel à l’endroit des artistes d’aller souscrire à cette assurance qui va les mettre vraiment à l’abri de tous ces problèmes. Nous avons vu le cas de l’artiste BIG DRE (paix à son âme),  NSIA l’avait évacué au Maroc pour le soigner ; c’est vrai que la maladie a eu finalement raison sur lui, mais la compagnie NSIA a assumé sa responsabilité et je pense que cette assurance est extrêmement importante pour tous les autres artistes.

MODELE DE REUSSITE: Parlons à présent du management sportif. Vous êtes le manager de NABY KEITA qui  est aujourd’hui presqu’au sommet du football africain, dites-nous comment tout a débuté?                                                        Naby keita, je ne vais pas dire manager et joueur mais plutôt père et fils. Ce jeune je l’ai rencontré à Coleah un soir quand on me l’a présenté j’ai discuté avec lui, la première des choses qui m’a impressionné c’est quand il m’a dit « allons voir mes parents » j’ai compris que c’était un jeune qui était sous l’influence de ses parents et qui voulait vraiment que ceux-ci puissent l’orienter. J’ai donc rencontré sa mère et son père qui m’ont donné l’enfant pour que je puisse vraiment m’occuper de lui, il est resté avec moi ici plus de 4 ans, on s’est battu pour pouvoir l’aider à arriver là où il est aujourd’hui et Dieu merci parce qu’il est l’un des joueurs les plus sollicité sur le continent africain. Rassurez-vous que pour nous le chemin est encore très long pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé. Je me rappelle lors de notre première rencontre, il m’a dit qu’il voulait jouer un jour au FC Barcelone ; Dieu merci nous ne sommes certes pas au Barça, mais ce qui est sûr nous ne sommes pas non plus loin. Je pense que si nous arrivons du côté de LIVERPOOL nous aurons toutes les opportunités pour un jour signer au FC Barcelone. Ceci est l’un de ses objectifs et quand à moi, je lui ai demandé qu’il rapporte à la Guinée le ballon d’or africain, car depuis 1972 après le footballeur Chérif Souleymane aucun autre guinéen n’a ramené le ballon d’or, tandis qu’on a eu de très bon joueurs tels que : Titi Camara, Salam Sow, Morlaye Soumah etc… c’était vraiment de très grands joueurs sans oublier Pascal Feindouno qui est d’ailleurs l’un de ses fans aujourd’hui. Tous les atouts sont réunis pour qu’il puisse devenir un jour le meilleur joueur africain pourquoi pas le meilleur joueur du monde. Son éducation a beaucoup accéléré son évolution, Naby est un jeune correcte et bien éduqué qui sait ce qu’il veut et où il veut aller. Dieu merci il suit son ascension petit à petit et j’ose espérer qu’un jour viendra il va non seulement jouer au FC Barcelone et remporter le ballon d’or et pourquoi pas la toute première coupe des nations.

MODELE DE REUSSITE: Un parcours comme celui-ci regorge forcément des difficultés ?                                                                                                           Parlant de difficultés ça ne finit pas ; mais pour être bref je vous parlerai de deux parmi tant d’autres. La toute première que j’ai connue dans ma carrière de manager culturel, c’était surtout au niveau de la famille qui ne comprenait pas qu’après une si brillante formation, que je puisse penser me lancer dans une activité qui était complètement méconnue. A l’époque en Guinée la musique urbaine, le métier de manager artistique étaient considérés comme étant une perte de temps, tout le monde pensait que j’étais fou, mais je me suis accroché. Ça n’a pas du tout été facile de résister à cette énorme pression de la famille.                                                                                     Je me rappelle, pour la première fois que je suis parti en Europe dans les années 90, j’ai fait un mois une semaine et je suis revenu, les parents n’ont pas encore compris et certains disaient même que je suis maudit, car à l’époque quiconque partait en Europe cherchait à s’y installer, mais j’ai toujours cru que ma réussite c’est en Guinée ; car pour moi rester en Europe était synonyme d’abandonner.                                                                           La seconde difficulté était liée à la formation. Aujourd’hui je suis fière de vous dire que beaucoup de promoteurs culturels actuels ont fait leurs premiers pas chez nous, grâce aux stages de formation pratiques qu’on offrait ; y compris des artistes qui suivaient nos formations en M.A.O (Musique Assistée par Ordinateur) ainsi qu’en danse HIP HOP, en technique de DJ mais également en management. Et grâce à nos festivals, assez de manager ont bénéficiés de stage à l’extérieur et des artistes ont pu s’affirmer tant sur le plan national qu’à l’international.

MODELE DE REUSSITE: Aujourd’hui vous avez réussi ; c’est quoi le secret cette réussite?                                                                                                                   Est-ce que j’ai réussi ou je suis sur le chemin de la réussite, je ne sais vraiment pas, mais tout ce que je sais c’est que le combat continu.

Pour moi le premier secret de la réussite, c’est la persévérance. Quand vous commencez quelque chose allez jusqu’au bout, il faut persévérer.

Avant de se lancer dans une activité il faut s’assurer que c’est une activité qui pourra aller loin, il ne faut pas se lever un beau matin et décider d’aller sur la lune sachant bien que vous n’avez pas les moyens, ni la formation nécessaire.

Le second secret, il faut être loyal et juste dans tout ce qu’on fait.

MODELE DE REUSSITE: Votre perception sur le groupe de medias MODELE DE REUSSITE?                                                                                                               Pour la première fois que j’ai vu votre magazine MODELE MAG c’était l’édition où est paru mon ami KERFALA CAMARA KPC qui est aussi un modèle de réussite pour la jeunesse africaine, donc je me suis dit que c’est une bonne chose, c’est très bien que l’on mette en avant les personnes qui prennent des initiatives et qui essaient de faire bouger les choses, afin d’inspirer d’autres jeunes pour les permettre de faire plus de sérieux et de se prendre en charge afin de s’investir à fond dans ce qu’ils entreprennent pour devenir à leurs tour des modèles. Je vous encourage sincèrement.

  Entretien réalisé par          MACIRE MARA

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