Mme DIALLO Fatoumata BANGOURA Fondatrice d’African Initiaves for Women (AIW)

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Le parcours d’une jeune dame aux grandes ambitions.

A 27 ans, elle est une dame qui, après avoir interprété le mariage comme une réussite, déclare en ces termes :

 «… J’interpelle les filles et femmes qui pensent qu’être marié, c’est devenir prisonnière à la maison. S’il revient à l’épouse de s’occuper de la maison, notre rôle ne s’arrête cependant pas là. Notre rôle est également de préparer nos enfants à devenir de futurs modèles. Pour réussir cette noble tâche, il faut que l’épouse s’épanouisse elle-même pour mieux œuvrer à l’épanouissement de ses enfants ».

www.modeledereussite.com : Parlez-nous un peu de votre enfance.

Fatoumata Bangoura : Je m’appelle Fatoumata BANGOURA, je suis née à Conakry précisément à Hamdallaye. Je suis la deuxième de six enfants. A l’âge de sept (7) ans, j’ai perdu mon père.

www.modeledereussite.com : Retracez-nous votre parcours académique ?

Fatoumata Bangoura : J’ai fait la maternelle au groupe scolaire la renaissance de Taouyah. Quand ma mère s’est remariée, son époux avait les moyens pour nous envoyer étudier aux Etats-Unis. Nous étions trois mon grand frère, ma petite sœur et moi. Là-bas, j’étais sous le tutorat de l’une des meilleurs amis de ma mère, l’épouse de Mr Eric THIAM ambassadeur de la guinée aux Etats-Unis à l’époque. J’ai donc fait les études primaires à Washington DC, ensuite je suis partie à New York avec Mr Louceny FALL qui était le représentant de la Guinée aux Nations-Unis où j’ai fait le collège et le lycée.

J’ai déménagé ensuite à Maryland pour faire l’université où j’ai étudié le droit des femmes. Et quand on dit droit des femmes, ce n’est pas le droit classique mais plutôt le droit humanitaire qu’on appelle en anglais « women’s studies ». Avec ce diplôme on peut œuvrer dans l’humanitaire, dans le système judiciaire, tout comme dans le système médical. Et moi j’ai choisi le développement international et la résolution des conflits. J’ai obtenu mon diplôme en 2011.

www.modeledereussite.com : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à choisir cette option ?

Fatoumata Bangoura : J’ai toujours pensé revenir en Guinée, me battre pour le droit des femmes guinéennes. Je me suis inspirée d’autres pays où les femmes ont fait la même chose pour aider leurs semblables.

www.modeledereussite.com : Que faisiez-vous en parallèle avec vos études universitaires ?

Fatoumata Bangoura : Avant l’université même, quand j’ai quitté la Guinée, je savais que j’étais un enfant privilégié vu qu’il y’avait les moyens pour vivre à l’aise. Malgré ça, au lycée, après l’école, je partais m’occuper des enfants des gens. Je les aidais à traiter leurs devoirs. Avec ce revenu, j’avais mon argent de poche, et cela me permettait d’acheter certaines choses. J’ai toujours eu la volonté d’être indépendante. A l’université, j’ai toujours gardé la même volonté d’indépendance et mon rêve d’œuvrer dans l’humanitaire. J’ai commencé à faire des stages dans différentes ONG. Le premier, fut fait auprès d’un centre d’assistance de femmes en difficultés ; des femmes qui n’ont pas de maison, qui ont été battues.

A Washington D.C, j’ai poursuivi mon apprentissage dans une autre ONG dénommée « Wider Circle » qui aidait des personnes démunies et sans domicile à trouver et à équiper des habitations.

www.modeledereussite.com : D’où est venue l’idée de créer la fondation African Initiatives for Women (AIW)?

Fatoumata Bangoura : Le motif de la création de cette fondation remonte à mon enfance.

Les difficultés que ma mère a vécues avec ses enfants.  Bien avant le décès de mon père, on a connu certaines difficultés financières qui m’ont donné matière à réfléchir. Quand j’ai voyagé, j’ai vu que dans d’autres pays, il y a des systèmes sociaux qui aident les femmes et leurs enfants mais qu’il n’y en avait pas en Guinée. Je me suis directement dit que quand je vais finir mes études, il faut que je mette quelque chose en place pour aider les femmes de mon pays.logo 1

www.modeledereussite.com : Comment avez-vous obtenu l’agrément ?

Fatoumata Bangoura : Quand on vient dans un pays pour mettre en place quelque chose, il faut se renseigner et suivre les procédures légales. Mais j’avoue qu’en 2015 lorsque je suis venue dans l’optique de mettre en place la fondation, il y avait un problème au ministère. Il se trouvait que beaucoup d’ONG qui avaient obtenu l’agrément mourraient quelques temps seulement après leur création. Cela m’a causé beaucoup de soucis pour obtenir les documents nécessaires pour la mise en place de la fondation. Finalement j’ai obtenu l’agrément en 2015.

www.modeledereussite.com : Quels sont les domaines d’intervention de la fondation ?

Fatoumata Bangoura : African Initiatives for Women (AIW) lutte contre l’exclusion sociale en favorisant l’insertion socio-économique des jeunes filles et femmes guinéennes, conformément à la Politique nationale de la promotion Féminine. Nos activités sont groupées dans deux programmes:

1- L’Education : qui comprend l’alphabétisation, la formation en langues étrangères, l’initiation aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, la formation pour la promotion et l’autonomisation des filles et femmes. Nous disposons aussi d’une bibliothèque.

2- La Santé : ce programme a pour but de contribuer à l’amélioration de la santé des filles et femmes en les éduquant à un mode de vie sain.

www.modeledereussite.com : A votre âge, détenir une telle ambition peut paraître irréaliste aux yeux de d’autres personnes, pourtant vous avez réussi à le faire ?

Fatoumata Bangoura : J’ai 27 ans. Souvent quand je dis aux gens ce que nous voulons faire à l’ONG, on me dit que mes idées sont vagues et que je veux toucher à tout. Je réponds tout simplement à ces personnes, qu’il y a beaucoup de choses qu’on doit changer en Guinée. Ailleurs, quand une femme a des difficultés, si elle vient dans un centre d’accueil, elle obtient une solution à son problème. Je veux créer cela pour les femmes d’ici afin qu’elles aient un environnement sain et que quand elles viennent chez nous, qu’elles trouvent une solution et si nous n’avons pas la solution, nous allons les accompagner là où on peut en trouver. Il suffit juste qu’elles sachent ce qu’elles veulent !

www.modeledereussite.com : Quelles sont les problèmes que vous rencontrez dans votre structure ?

Fatoumata Bangoura : Quand j’ai commencé, j’ai eu un problème de ressources humaines. Souvent les gens se lancent dans des domaines d’activités sans avoir les compétences nécessaires. Celui qui fait l’objet d’un tel cas doit d’abord faire un renforcement de capacités. Au départ les gens que j’avais engagés ne répondaient pas aux attentes, mais avec l’expérience, j’ai changé de stratégie. Dieu merci, aujourd’hui, j’ai une nouvelle équipe qui est très dynamique que je félicite d’ailleurs de passage. Faire fonctionner une fondation au départ n’est pas aussi facile étant donné que jusque-là  nous évoluons sur fonds propre. Je ne finirai pas de parler de difficultés rencontrées sans évoquer la mentalité guinéenne.

www.modeledereussite.com : Dites-nous vos secrets de réussite surtout pour avoir surmonté tous ces obstacles?

Fatoumata Bangoura : Avec la mentalité dont je faisais allusion tantôt, ma stratégie est simple : je fais doucement pour faire comprendre mon rêve. Je m’entoure toujours des bonnes personnes, qui ont des bons esprits, qui m’aident à rectifier mes erreurs, à surmonter les obstacles, à changer de plan si celui que j’ai tracé ne marche pas sans pour autant changer mon rêve.

www.modeledereussite.com : Comment arrivez-vous à gérer le boulot et le foyer en même temps ?

Fatoumata Bangoura : Je me lève tôt, je prépare moi-même le petit-déjeuner pour mon mari, bien que nous avons une bonne qui, c’est le moment de le dire, nous est d’une aide capitale. Mon mari sort avant moi, mais je rentre toujours avant lui pour l’attendre et l’accueillir à la maison le soir. Le dimanche est un jour spécial où toute la famille passe le temps ensemble. Et ce jour j’assure moi-même la cuisine et les autres travaux domestiques.

www.modeledereussite.com : Quels conseils avez-vous à donner à l’endroit des jeunes filles et femmes ?

Fatoumata Bangoura : Je dirais aux filles et femmes de se lever, se donner la main et savoir qu’elles doivent faire les choses pour elles-mêmes. Personnellement j’ai grandi aux USA, mais j’ai conservé l’essentiel du mode de vie guinéen selon lequel, quand on est mariée, la femme s’occupe des enfants pendant que le mari sort chercher le pain quotidien. Cependant s’occuper des enfants nécessite de savoir lire et écrire, sans quoi, elle ne peut pas aider les enfants avec leurs devoir par exemple. La femme doit savoir ce qu’elle veut et chercher à être indépendante, mais être indépendante ne veut pas dire ne pas respecter son mari. C’est là que j’interpelle les filles et femmes qui pensent qu’être mariée, c’est rester prisonnière à la maison. S’il revient à l’épouse de s’occuper de la maison, notre rôle ne s’arrête cependant pas là. Notre rôle est également de préparer nos enfants à devenir de futurs modèles. Pour réussir cette noble tâche, il faut que l’épouse s’épanouisse elle-même pour mieux œuvrer à l’épanouissement de ses enfants.

www.modeledereussite.com : Quels sont vos perspectives pour les années à venir ?

Fatoumata Bangoura : La fondation envisage beaucoup de projets :

Nous avons signé un accord de partenariat avec le groupe SONOCO SA pour un accompagnement dans beaucoup d’activités communautaires et civiques.

Dans les mois avenir, au sein du centre même, nous allons nous concentrer sur notre programme santé où on invitera tout le monde à venir participer à nos causeries éducatives.

Pendant le mois de Ramadan, nous ferons des ruptures collectives. Les 3 dernières éditions se sont passées à l’université Gamal, mais cette année, nous le ferons au centre ici.

Nous envisageons aussi de faire le parrainage de jeunes filles qui sont non scolarisées ou déscolarisées pour des raisons financières. Nous allons chercher des parrains et des marraines pour ces jeunes filles et nous, la fondation, suivront leurs parcours scolaires.

Personnellement, en dehors de  l’humanitaire, je suis une femme entrepreneure. Je compte relancer une entreprise que j’avais mise aux arrêts à cause de la fondation.

L’objectif de cette entreprise sera d’obtenir des moyens financiers afin de booster mon rêve d’aider les femmes.

www.modeledereussite.com : Quels sont vos modèles ?

Fatoumata Bangoura : Je commence par mon entourage :

Ma propre mère Mme FALL Hadja Asmaou et mon beau père Elhadj Mamadou Saliou DIALLO qui ont cru en moi et qui m’encouragent et me soutiennent beaucoup dans mon combat.

Mon Mari Abdoul Karim DIALLO qui souvent me défie subtilement, me poussant ainsi à exceller dans toutes mes activités.

D’autres dames ont été et continuent d’être de véritables sources d’inspiration pour moi. Ce sont :

Mme SIDIBE Fatoumata KABA qui est la représentante de la Guinée à l’Union Africaine (UA) ;

Mme Hadja SARAN DARABA qui a déjà commencé ce genre d’activités à l’intérieur du pays.

Mme DIALLO Aissata BEAVOGUI, directrice de GAC que j’ai connu depuis les USA ;

Enfin, les dizaines de filles et femmes adhérentes qui viennent suivre les cours  ici cinq fois par semaine. Ces femmes me confortent dans mon envie de persévérer.

www.modeledereussite.com : Votre perception du premier site des modèles en guinée?

Fatoumata Bangoura : Grâce à votre site j’ai eu la chance de connaitre le parcours de beaucoup de personnes c’est bien car il y a des gens qui réussissent bien dans leurs activités, mais ils évoluent dans l’ombre. Je vous encourage à continuer à chercher ces gens et de mettre en lumière leurs riches et différents parcours sur votre site.

Moi personnellement, je ne me vois pas comme « un modèle de réussite » parce que je viens juste de commencer, même si je reconnais qu’il y a des gens qui viennent de commencer et qui, grâce à leurs activités peuvent inspirer beaucoup de personnes.

www.modeledereussite.com : Nous vous remercions

Fatoumata Bangoura : C’est moi qui vous remercie.

                                                                                                                       Mamadou Saliou Souare

                                                                                                          pour www.modeledereussite.com

Message de modèle de réussite

Combien de fois avez-vous pensé qu’il serait mieux d’attendre encore avant d’agir ?
Combien d’entre vous pensent que le mariage constitue un obstacle à leur épanouissement ?
Jeunes filles et femmes, alors le parcours de cette jeune dame révèle le contraire. Le meilleur moment pour démarrer une nouvelle vie, c’est aujourd’hui et maintenant.

« Comme Madame DIALLO Fatoumata BANGOURA, vous pouvez aussi réaliser vos RÊVES »

8 Commentaires

  1. Bonsoir a tous, j’ai lu ce parcours avec un grand intérêt et je remercie beaucoup le site…
    Madame comment adhérer dans votre ONG ?
    Quelles sont les 03 grandes réalisations dont votre ONG en est fière ?
    Merci de votre reponse.

    • Bonjour et merci de l’interet que vous me portez. Notre plus grande fierté est d’avoir pu mobiliser une centaine de femmes en seulement 4 mois depuis janvier passe. Des femmes qui viennent régulièrement 5 fois par semaine suivre des cours d’alphabétisation , d’anglais ou d’informatique.Pour adherer il suffit de remplir un formulaire et de payer un frais d’adhésion de 100 000 gnf/an. Pour plus de details, appelez au 622 380 308

  2. Bonjour Modèle de réussite je vous remercie infiniment pour tout ce que vous faites…Franchement nos soeurs pourront vraiment s’en inspiré et a Madame de savoir qu’on vous observe maintenant donc n’abandonnez jamais…

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