Sansy Kaba DIAKITE, directeur de l’ Harmatan Guinée.

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Le fruit d’une décennie de combat sans relâche.

Au cours d’une interview qu’il a accordée à notre rédaction, Sansy Kaba n’a pas caché les tenants et les aboutissants d’un parcours dont les étapes suivies constituent un véritable idéal.

Selon ses termes : « Le credo de la réussite c’est le travail, la formation, l’humilité, le sérieux, et la rigueur surtout. Il faut énormément lire et écouter, passer beaucoup de temps à se former. On ne peut pas réussir si on ne sait pas où on va ou si on ne connait pas les objectifs à atteindre. ».

Suivez l’intégralité de son parcours.

www.modeledereussite.com : Parlez-nous de votre enfance.

Sansy Kaba Diakité : Je suis né à Kankan (ville), il ya de cela trente-neuf (39) ans, d’un papa enseignant et d’une maman ménagère. Cette ville de Nabaya qui m’a vu naître est une ville  islamique, culturelle et d’une hospitalité exceptionnelle

Je suis de la porte de Kankan qu’on appelle Kabada qui fait partie des quatre que constitue la ville à savoir : Kabada, Salamanda, Timbonda et Banankorada.

www.modeledereussite.com : Comment se sont passées vos études pré-universitaires ?

Sansy Kaba Diakité : Parlant d’études, j’ai fait l’élémentaire à l’école Almamy Samory Touré avec presque toutes les ethnies de la Guinée car Kankan est une ville cosmopolite ; ensuite le collège à Mory Findian Diabaté et je rappelle d’ailleurs que beaucoup de cadres de ce pays et du continent sont passés par là.

Dans cette école, nous étions en perpétuelle compétition car chacun voulait l’excellence, être le premier de sa classe.

Après l’obtention du BEPC, je suis allé au lycée 3 avril de Kankan où j’ai choisi de faire les sciences mathématiques parce que je me disais que cette option était l’avenir du monde. Beaucoup de mes amis avaient choisi les autres options à cause de la facilité ; mais cela ne m’a pas empêché de suivre mon rêve.

Ce lycée était situé en face de la villa du gouverneur de Kankan, contigu à la maison des jeunes où il y avait une bibliothèque que mon papa gérait après l’avoir fait naître parce qu’il souhaitait vraiment que je grandisse dans le livre.

Quand j’ai obtenu le BAC 2 et le concours d’accès à l’université, je suis venu à Conakry.

www.modeledereussite.com : Qu’est-ce qu’on peut retenir sur vos études supérieures ?

Sansy Kaba Diakité : Poursuivant mes études, je m’inscris à l’institut polytechnique de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Sur les lieux, je remarque que les étudiants sont regroupés en association préfectorale. Cela ne me plaisait pas. Donc à coté de mes études universitaires, j’ai essayé de faire en sorte que tous les étudiants de l’UGANC puissent se réunir autour des valeurs exceptionnelles. Pour la cause, j’ai créé les « Amis du Futur » une association de développement qui permettait aux jeunes d’exercer leur citoyenneté. Car il n’y avait pas que des guinéens au sein de l’université. On n’y trouvait des ivoiriens, des maliens, des camerounais, des comoriens qui ne se retrouvaient pas ensemble pour faire des activités saines.

 Après les polytechniques, j’ai voulu faire les sciences économiques. Après la maitrise, je suis parti en France pour les études post universitaires où j’ai fait l’Université le Mans et je me suis spécialisé en gestion et management. J’ai fréquenté à coté, plusieurs universités d’été pour compléter mon développement personnel parce qu’étant leader d’une association, j’avais besoin de me former.

Après beaucoup de stages et un emploi en France, j’ai décidé de revenir en Guinée car c’est ce pays qui m’a vu naître, évoluer, et qui m’a donné la formation. C’était à mon tour de contribuer au développement socio-économique de mon pays.

 www.modeledereussite.com : Décrivez-nous l’historique et le but de la création d’Harmatan Guinée ?

Sansy Kaba Diakité : En 2006, après mon retour, j’ai créé les éditions l’Harmatan à l’image de Harmatan Paris qui m’avait employé. En France, beaucoup de personnes m’avaient dit que le livre ne marcherait pas en Guinée parce que les guinéens ne lisent pas ; parce que… parce que…

harmatanA mon niveau, je me suis dit que parce qu’il ya des difficultés en Guinée, c’est une opportunité pour un gestionnaire comme moi. C’est cela le sens du devoir pour remédier à une difficulté pour sa nation et pour son pays. Donc je suis rentré avec un objectif : mettre en place une entreprise d’édition et de diffusion pour que l’édition guinéenne puisse se faire autrement.

J’ai créé Harmatan avec pour objectif que le guinéen revienne sur le plan international dans le domaine du livre et de la lecture.

www.modeledereussite.com : Avec cette maison  d’édition  vous êtes passé des  ‘‘72h du livre’’ à ‘‘Conakry Capitale Mondiale du Livre ’’, pointez-nous le décor de la succession des étapes ?

Sansy Kaba Diakité : En faisant mes études en France, je savais que chaque 23 avril était la journée mondiale du livre et qu’une ville du monde entier était désignée capitale mondiale du livre. Vu que j’ai fait ma spécialisation en édition, je me suis dit que dans dix (10) ans, je ferai de ma capitale, ‘‘capitale mondiale du livre’’.

Pour mon plan d’action, j’ai traité un thème de mémoire bien élaboré avec l’accompagnement de mes professeurs qui m’ont suivi jusqu’ici. Ils sont allés jusque dans ma ville natale à Kankan pour savoir d’où j’étais venu et pourquoi j’avais ce pragmatisme-là, avec des objectifs clairs et nets de travailler ici.

 Après avoir mis en place la maison d’édition, il fallait créer le salon du livre de Conakry : les 72H du livre que j’ai fait coïncider au 23 avril de chaque année pour non seulement célébrer la journée mondiale du livre et des droits d’auteur, mais aussi rattraper le retard que la Guinée avait eu dans la célébration de cette journée. Au lieu d’une, conformément aux autres pays, nous, nous en avons fait trois jours pour rattraper le retard, mais aussi faire en sorte que les prémices d’un véritable projet de capitale mondiale du livre puisse se créer.

 Je suivais les candidatures de chaque pays, de chaque ville et je me suis donné pour objectif à la 8ème édition des 72H du livre de déposer la candidature de Conakry parce que je savais que j’étais suffisamment prêt. J’avais fait un dossier de qualité, un dossier irréprochable voir même exceptionnel. Je savais que je partais pour remporter un trophée mondial pour la Guinée. Pour se faire, j’ai réuni autour de moi tous les professionnels du livre, les écrivains, les auteurs, les lecteurs, les spécialistes, les clubs de lecture… tout le monde pour que la candidature de la Guinée puisse être quelque chose d’effective. Je suis allé discuter avec le gouvernorat de la ville de Conakry parce qu’il fallait une ville pour accueillir le monde.

Je suis allé voir le Ministre de la culture d’alors, j’ai expliqué au Premier Ministre et à tous les membres du gouvernement l’intérêt de ce rayonnement de notre capitale. Les gens m’ont suivi et compris. Ils ne m’ont pas caché leur doute mais ils m’ont promis de m’accompagner si je suis sûr que c’est possible.  C’est comme ça que nous avons mené la démarche jusqu’à l’aboutissement.

www.modeledereussite.com : A quoi attribuez-vous cet exploit ?

Sansy Kaba Diakité : La première des choses c’est le travail. J’ai toujours voulu être excellent. J’ai toujours été parmi les premiers de ma génération, de mon école, de mon quartier, de ma région. Je suis animé par ce travail et cette valeur. Un homme doit s’instruire, se former, parce que l’éducation est à la base de tout. La lecture est la clé du succès parce que je me dis qu’on ne peut pas avancer sans se nourrir de ce que les autres ont fait. Je lis énormément de livres autobiographiques pour comprendre ce que les uns et les autres ont fait dans leurs parcours, chose qui m’inspire beaucoup. J’aime le partage d’expérience et c’est d’ailleurs même le sens de la création des « Amis du Futur » ; apprendre tout ce que j’avais appris aux autres jeunes guinéens, africains qui étaient à l’Université de Conakry.

Parce que je voyais en rentrant à l’université de Conakry, que j’avais lu beaucoup de livres que mes amis n’avaient pas lus.

Pour leur inciter à la lecture, je suis allé à la bibliothèque de l’alliance franco-guinéenne pour inscrire beaucoup de mes amis afin de commencer à lire et après chaque lecture, il fallait faire un compte rendu. Je ne savais même pas que j’allais devenir éditeur et en ce moment j’ai vu que des gens avaient même des difficultés pour rechercher des mots dans un dictionnaire, donc j’ai créé une compétition dénommée ANSCOR (Amélioration du Niveau Scolaire par des Compétitions d’Orthographe). On faisait des concours de dictée, de connaissance de la Guinée, de la francophonie, de la recherche des mots dans un dictionnaire, connaissance des auteurs…

Ensuite, je me suis intéressé aux NTIC parce que c’était l’air du numérique. J’ai créé « Jeunes & NTIC », j’organisais chaque année la fête de l’internet ici.

www.modeledereussite.com : S’il est vrai que toute réussite est parsemée de difficultés, quelles sont celles auxquelles vous étiez confronté ?

Sansy Kaba Diakité : Écoutez, durant mon parcours, j’ai rencontré beaucoup de difficultés.

Nous étions dans un environnement où les gens nous voient aller à l’école  et remarquent que les parents investissent assez pour notre formation, ils se disent que ce n’est pas la peine en pensant que la réussite se trouve dans les mines, le commerce… ou tout simplement réussir autrement. Je me rappelle que dix 10 % seulement de mes amis sont arrivés au collège, et parmi eux je ne me rappelle pas qu’il y ait eu vraiment assez au lycée. Nous étions cinq (5) à avoir le BAC, et trois (3) seulement sont rentrés à l’université. C’est des séries de difficultés parce que vous ne retrouvez pas les vôtres (frères, sœurs et amis).

Ensuite j’ai perdu mes parents tôt: quand je suis venu à Conakry après le BAC, mon papa est subitement mort ; un premier choc. Quelqu’un qui t’aimait qui te soutenait, qui voulait que tu sois toujours le meilleur, qui était prêt à investir tout pout t’amener partout où tu voulais. Cette mort a brisé mon rêve d’aller étudier au Canada.

Ensuite, juste après mon retour de la France, j’ai perdu ma mère.

Autres difficultés, c’est Lorsque vous voulez l’excellence dans un pays où les gens pensent qu’il faut peu pour réussir c’est compliqué.

Concernant ce projet qui a abouti à cet évènement, j’étais souvent face à des personnalités qui n’ont pas confiance aux jeunes compte tenu de beaucoup de facteurs,  et face à des jeunes qui n’avaient pas l’habitude de gérer un tel projet, il fallait pour moi, rétablir la confiance entre la couche juvénile et les responsables du pays, les institutions et les ambassades. Mais aussi, jouer le rôle de plusieurs jeunes à la fois, pour qu’ils soient au même niveau que moi.

www.modeledereussite.com : Beaucoup de gens pensaient que Conakry ne pouvait être Capitale Mondiale du Livre compte tenu de l’actualité du terrain. Comment avez-vous réussi à inverser cette tendance ?

Sansy Kaba Diakité : Ecoutez, c’est par l’optimisme, l’espoir et le travail surtout. Dire aux gens que la facilité n’est pas bien pour un pays. C’est dans la difficulté qu’on peut résoudre les problèmes. Je savais qu’il n’y avait pas de bibliothèques, ni un bon lectorat en Guinée, pas de livres non plus.

CCML 1Justement, je me suis dit, Conakry devenir capitale mondiale du livre pour résoudre ces problèmes-là, c’est ce qui était une opportunité.

Moi j’ai fait de la gestion, de l’économie. Je sais où trouver les opportunités. C’est mon job. Je me suis organisé et j’ai travaillé car rien n’est impossible dans ce monde. En réalité, je n’ai fait qu’appliquer ce que j’ai appris à l’école.

www.modeledereussite.com : Selon vous, d’une manière générale, quel est le secret de la réussite ?

Sansy Kaba Diakité : Le credo de la réussite c’est le travail, la formation, l’humilité, le sérieux, et la rigueur surtout. Il faut énormément lire et écouter, passer beaucoup de temps à se former. On ne peut pas réussir si on ne sait pas où on va ou si on ne connait pas les objectifs à atteindre.

www.modeledereussite.com : Vos attentes de Conakry Capitale Mondiale du Livre ?

Sansy Kaba Diakité : Mes attentes, c’est qu’il y ait des points de lecture, que les guinéens puissent lire, se former, qu’il y ait des résultats palpables, que la Guinée se repositionne sur la carte internationale, que Conakry devienne une ville rayonnante, fréquentable.

Depuis le lancement de cet évènement, les hôtels sont remplis de gens qui viennent de partout pour visiter la Guinée.

C’est ce que je voulais, qu’il y ait des retombées économiques, que le pouvoir public se réveille, que le livre devienne sexy.

www.modeledereussite.com : Quelles sont vos perspectives ?

Sansy Kaba Diakité : Il ya 10 ans, j’avais dit que je voulais que Conakry soit capitale mondiale du livre. Ce rêve est aujourd’hui une réalité.

Maintenant, je sais que dans dix (10) ans Conakry doit être la capitale Africaine du livre, c’est l’objectif à atteindre.

Pour se faire, je mets les bases ; je crée une politique nationale du lire ; je mets une loi sur le livre ; je crée un réseau de points de lecture de bibliothèques et de médiathèques, des bibliothèques scolaires pour que les guinéens puissent se mettre à la lecture. J’organiserai des prix littéraires à Conakry et m’entourerai des fortes institutions telles que l’UNESCO, la Francophonie, l’UA, faire en sorte que le livre demeure la référence culturelle de la Guinée.

 ‘‘Conakry Capitale Mondiale du Livre ’’ c’est une année, ce qui va rester c’est ‘‘Conakry Capitale Africaine du Livre’’.

www.modeledereussite.com : A votre tour quels sont vos modèles ?

Sansy Kaba Diakité : A chaque phase de ma vie, j’ai eu des modèles. Quand j’étais à Kankan, celui-là qui était mon modèle c’était mon père.  Il m’a tout donné, m’a construit. Ensuite, vient ma mère qui était une femme exceptionnelle. Ma grande mère, peulh de Wassoulon pour qui, sa fidélité, sa soumission et son respect à mon grand-père a fait que le nom DIAKITE dont elle portait, devait rester sur nos noms. Sinon moi je suis KABA.

Au secondaire, j’ai eu des professeurs de maths comme modèles. Enfin, à l’Université j’ai eu des sources d’inspiration comme Kiridi Bangoura, le Ministre Abdoulaye Yéro Baldé, des dames comme Hadja Saran Daraba, Mariama Haribot, Jeanne Martin Cissé, des auteurs comme Camara Laye, Cheik Anta Diop, Leopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

Je continue d’avoir comme modèles des gens audacieux comme Barack Obama, Angela Merkel, des entrepreneurs comme : Bill Gate, Steve Jobs ; ces gens m’ont muri grâce à leurs parcours exceptionnels.

www.modeledereussite.com : Vous avez certainement des conseils à donner aux jeunes qui veulent suivre vos pas.

Sansy Kaba Diakité : La seule maladie que je souhaite aux guinéens, notamment la couche juvénile, c’est la lecture. Lorsqu’on lit, on s’ouvre au monde, on devient responsable, un homme de qualité et de paix.

Celui qui lit apprend à travailler, à être utile pour sa nation.

www.modeledereussite.com : Quelle est votre perception du premier site des modèles en Guinée ?

Sansy Kaba Diakité : Honnêtement, j’ai vu quelques publications sur Facebook, mais à travers même le nom modèle de réussite, on sent qu’il ya un travail de fond qui est fait. Prendre le temps d’aller à la rencontre de ces personnes qui ne sont pas souvent accessibles, c’est déjà beaucoup de mérite. Si vous faites ça, c’est parce que vous essayez aussi d’apporter, de transformer votre société, d’aider les jeunes à avoir des repères.

Je voudrais sincèrement vous féliciter, vous dire que la route est longue mais c’est possible de réussir. Continuez ce beau travail pour le pays et pour la république.

www.modeledereussite.com : Nous vous disons merci

Sansy Kaba Diakité : Merci.

                                                                                                                  Mamadou Saliou SOUARE

                                                                                                         Pour www.modeledereussite.com

Message de modèle de réussite :

Avec un tel parcours, on peut même se permettre de vous dire «no comment ».

Néanmoins, vous avez certes compris que rien ne se gagne par le simple hasard. Si vous voulez réussir, vous devez vous débarrasser de cette idéologie qui vous fait penser qu’il est possible de gagner tout, tout de suite. Dix (10) ans de combat, ce n’est pas Dix (10) mois, ni dix (10) jours.

« Comme Sansy KABA DIAKITE, vous pouvez aussi réaliser vos rêves. ».

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