Thierno Monénembo, un écrivain Guinéen au sommet de la littérature africaine.

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« J’étais dans un centre universitaire, je balayais  le Super Marché parceque je n’avais pas de bourse, j’ai fini par avoir des insomnies finalement je me suis… »

« A 70 ans Thierno Monénembo n’est plus à présenter dans le monde littéraire Africain, Biochimiste de formation, pourtant rien ne le prédestinait à l’écriture, les difficultés et l’exil ayant forgés son caractère l’ont finalement poussés à se mettre à l’écriture. Avec plusieurs ouvrages à son compte, il est aujourd’hui parmi les plus grands écrivains de l’Afrique Contemporaine. MODELE DE REUSSITE vous invite à découvrir le parcours inspirant et impactant de ce monument historique de la littérature africaine du 20 éme siècle. »  

MODELE DE REUSSITE: Présentez-vous à nos lecteurs ?

Je m’appelle Thierno Saidou DIALLO de mon vrai nom, je publie des romans sur le pseudonyme de Thierno Monénembo.

MODELE DE REUSSITE: Parlez-nous de votre enfance ?

C’est une enfance tout à fait ordinaire comme tout jeune africain à cette époque-là. Elle se passe dans un village pas loin de Mamou à Poredaka et j’ai grandi là avec ma grand-mère paternelle que j’appelais Nénembo d’où le pseudonyme Thierno Monénembo.

MODELE DE REUSSITE: Que peut-on retenir de votre carrière professionnelle?

Ma carrière professionnelle est très chaotique. Mes études ont été mouvementées parce qu’en Guinée j’ai fait toute sorte d’établissement dans plusieurs régions, puisque j’ai fait l’école primaire à Poredaka, l’école normale de Kankan, celle de Nzérékoré puis le lycée de Kindia et le lycée de Conakry, j’ai fait mes études universitaires en traversant le pays à Dakar, Abidjan , Grenoble et Lyon en France.

En France je suis arrivé en 1973, j’ai fait les études de Biochimie.

Discipline que j’ai enseignée longtemps en Algérie, au Maroc et en Normandie.

En 1978 j’ai tout arrêté pour me concentrer exclusivement à l’écriture. Il faut être fou pour le faire, c’est vrai que je suis assez fou car je me considère comme un écrivain sauf qu’être écrivain n’est pas un métier c’est une attitude, mais j’ai pris le risque non pas de vivre de ma plume, mais de vivre en écrivant et je continue de le faire.            Ce n’est certes pas toujours facile et d’ailleurs rien ne doit être facile, comme le disait un philosophe allemand « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin »

MODELE DE REUSSITE: Qu’est-ce qui  vous à amener à écrire?

Je ne sais pas, je l’ai fait par besoin physiologique, et également mon exil prolongé a contribué à me mettre dans l’écriture. J’étais à Lyon en France un pays très froid, l’hiver qui est très dure, je n’étais pas habituer à tout cela, ensuite les relations humaines étaient très froides, car tu peux faire 40 ans avec quelqu’un dans le voisinage sans vous dire bonjour. J’étais dans un centre universitaire, je balayais  le Super Marché parceque je n’avais pas de bourse, j’ai fini par avoir des insomnies finalement je me suis mis à écrire dans un cahier et je ne savais même pas où j’allais, d’où est venu mon premier ouvrage « les crapauds brousse ». L’écriture a été pour moi une espèce d’éternuement, vous savez quand vous rentrez dans une pièce en poussière vous finissez par éternuer, j’étais dans une pièce surchargé d’exil j’ai éternué en ma manière en produisant un livre.

MODELE DE REUSSITE: Combien d’ouvrages avez-vous publié?

Je n’ai vraiment pas compté, chez moi on ne compte pas les bœufs ça porte malheur alors je ne compte pas mes livres.

 

MODELE DE REUSSITE: Lequel vous a le plus marqué?

Tous m’ont marqué mais j’ai une préférence évidemment, comme vous le savez les mamans ont tendance à préférer leur premier enfant et moi mon premier enfant c’est « Les Crapauds Brousse » c’est d’ailleurs le moins parfait, le plus maladroit c’est mon tout premier et j’ai beaucoup d’affection pour lui car c’est de lui que tout est parti.

MODELE DE REUSSITE: Êtes-vous historien ?

Je ne suis pas historien, je n’ai aucune formation littéraire, je suis biochimiste de formation ce n’est pas incompatible, il y a beaucoup d’écrivains qui ont fait des formations techniques, par exemple : Amadou kourouma, Williams Sassine, Alioune N’fan Touré sont tous mathématicien et Camara laye est un mécanicien automobile.

MODELE DE REUSSITE: Le livre joue-t-il un rôle prépondérant dans le développement d’une nation? 

Il est très difficile à mesurer, mais on sait qu’il existe indirectement un lien sur le long terme.

Il est évident que sans Voltaire et Jean Jacques Rousseau, il n’y aurait pas eu de révolution, il est évident que sans les livres, sans la poésie anticoloniale et la négritude il n’y aurait jamais eu d’indépendance. Ce sont les poètes qui ont commencé le travail au moment où les nègres étaient considérés comme des animaux, ensuite sont venus Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire les pères fondateurs de la négritude qui ont dit haut et fort qu’ils sont fiers et ils se sont mis à défendre l’homme noir à travers le monde entier. Ils nous ont redonné confiance. Je le dis et je le réitère, le livre joue un rôle prépondérant dans le développement d’une société.

MODELE DE REUSSITE: Avant toute réussite il y a forcément des obstacles parlez-nous de quelques un que vous avez rencontré?

Je pense que je n’ai fait que traverser des difficultés. Ma vie est un vrai conte initiatique et le conte initiatique est un chemin parsemé d’embuches les uns après les autres. Mais j’essaye de faire sans trop regarder ma tête, sans trop regarder dans le rétroviseur ce qui m’intéresse c’est d’aller de l’avant chaque jour un peu plus loin.

J’ai maintenant 70 ans, ce que je veux dire c’est très intéressant de se confronter à des difficultés, ce sont ces difficultés qui éduquent, il y a les difficultés de la vie qui fabriquent l’être humain au vrai sens du terme, ceux qui se contentent de ce qu’ils sont ou de ce qu’on leur donne ne vont pas loin.

MODELE DE REUSSITE: Un conseil pour ces millions de jeunes qui ont tendances à perdre espoir?

Cette jeunesse ne perd pas espoir, vous savez quand les jeunes traversent la méditerranée pour se faire avaler par les requins, c’est parce qu’ils ont encore de l’énergie, la force, l’espoir, le pouvoir de vivre et de faire vivre leurs familles puisse que leur pays a refusé de leur donner le minimum nécessaire pour vivre, ils essayent de tenter ailleurs, ce ne sont donc pas des désespérés mais plutôt ce sont eux qui créent l’aventure moderne, ils sont confrontés à toute sorte de problème. Ils reviendront parceque les murs sont infranchissables dorénavant labà .Comme l’Afrique est complètement acculée ils vont forcément réagir et ça va se débloquer.

Prés d’un milliard d’êtres humains en Afrique, un milliard d’affamés c’est plus grave qu’une bombe atomique et ce sont ces jeunes-là qui vont cassés cet ancien système qui d’ailleurs vermoulu de partout, il suffit de l’éternuer comme le communisme dans les années 80.

MODELE DE REUSSITE: Depuis l’année dernière Conakry est Capitale Mondiale du Livre, quelle est votre perception?

Je n’ai vraiment pas participé à la chose parceque je n’aime pas « la mamaya » et en Guinée tout est mamaya, la culture ici est un instrument politique je n’irai pas parceque je suis contre. C’est bien que mon pays soit honoré sur la scène internationale avec Sansy Kaba Diakité qui est plutôt honnête, moi j’ai fait exprès de ne pas y aller parceque je mets la culture au-dessus de tout et contrairement en Guinée tout est au-dessous de la politique c’est effrayant. Mais est ce que la Guinée était prête à le faire moi je pense qu’on aurait dû commencer par ramasser les ordures.

MODELE DE REUSSITE: Quelles sont vos perspectives?

Mes perspectives, écrire en attendant de voir venir la mort, c’est tout ce que je peux faire maintenant, j’ai un peu agit quand j’étais étudiant, j’étais révolté comme tout jeune de mon âge contre le système coloniale qui nous étouffait et qui nous empêchait de vivre. Nous on pensait que notre génération aurait réussi à changer tout cela, mais on n’a pas pu parce qu’encore une fois l’histoire est lente. Mais on part avec plein d’espoir car les jeunes que je vois entrain de grandir feront ce que nous on n’a pas pu faire.

MODELE DE REUSSITE: Quelle est votre perception sur le groupe de médias modele de réussite?

Les médias ont joué et continue de jouer un grand rôle fondamental dans l’évolution démocratique de ce pays. Ce sont les médias qui ont ouvert les portes de la démocratie, ils font un travail énorme et remarquable dans les conditions pratiquement difficile ce qui fait qu’il n’est du tout facile aujourd’hui de reproduire les scènes dictatoriaux d’hier parceque la révolution numérique en même temps culturelle et sociale sont là. La société guinéenne n’est plus la même.

Quelques Ouvrages:

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